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Stratégie

Pour Schumpeter et Darwin, la disruption est un concept d’herbivores

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

Pour comprendre l’accélération du moment présent et vous donner une chance de vous en sortir, je ne saurais trop vous conseiller d’arrêter toutes ses lectures que la bobosphère adore et partage à l’envie sur les réseaux : dernière théorie stratégique mixée avec une grosse dose de développement personnel.

Il vous faut une purge radicale. Un truc sans filtre sémantique humaniste, sans bien-pensance 5.0, sans bobologie, un truc qui ne vous parle pas d’un monde meilleur ou de parvenir à trouver une 1523e version de l’harmonie.

Nous sommes rentrés dans une phase de sauvagerie et il faut avoir beaucoup de silicium dans les yeux pour ne pas s’en apercevoir :

  • Nous faisons face à un fléau qui élimine les plus faibles d’entre nous. Je rappelle à tous que la peste est moins grave que le coronavirus puisque nous en connaissons les traitements.
  • La plus grande crise économique depuis 1929. Qui pourrait d’ailleurs être bien pire que cette dernière.
  • Des embrasements sociaux un peu partout dans le monde.
  • Des petits combats sporadiques entre l’Inde et la Chine.
  • La plus grande guerre commerciale depuis la deuxième moitié du 20e siècle.

Je n’hésiterais pas ici à citer Camus (génial auteur de la Peste, d’ailleurs), « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Nous sommes dans une merde noire et il faut le dire. On ne s’en sortira donc pas avec des concepts bobos bio prémâchés. Même dans les poêlées de légumes, ils mettent du sucre…
 
crise économique
 

C’est là que je sors Darwin et Schumpeter !

Ces deux ancêtres ne font pas dans le détail. L’un parle cru parce qu’il observe de la nature et qu’il s’envisage lui-même au-dessus de la pyramide. L’autre parle sans fard des entrepreneurs et des crises… parce qu’il est professeur et pas très concerné. Pas de raison de prendre de gants.

Si Schumpeter conclut à la destruction (créatrice), Darwin parle carrément d’adaptation impérative ou d’extinction. Avez-vous jamais entendu parler de la disruption des espèces ?

Eh bien non, car la disruption, à l’échelle du vivant, ça n’existe pas.

Quand cette crise se profile entre décembre 2019 et janvier 2020, nous sommes déjà à deux doigts de plein de petits et grands problèmes :

  • Les industriels sont confrontés à des consommateurs capricieux qui commencent à refuser leurs produits polluants et leurs mauvaises manières sociales.
  • Les USA sont à quelques semaines de la récession (en fait arrivée en février 2020). Curieux comme personne n’en parle de ça…
  • Les plus grandes économies européennes sont soit en stagnation, soit déjà en récession.
  • Des pans entiers de l’économie n’ont pas fait l’effort de digitalisation jusqu’au bout et affichent des marges de survie.

Et là… un virus médiéval qui fait s’envoler 10 à 20% de l’économie des pays OCDE (en fonction de leur portefeuille de spécialités).

Maintenant que les plans sociaux explosent, et très sincèrement, nous n’en sommes qu’au début, tout le monde commence à comprendre.

Un chiffre circule… 8M de français auront changé leur régime alimentaire en septembre. Combien auront des gargouillis dans l’estomac ? On ne sait pas. Mais il est urgent pour ceux des entrepreneurs et des dirigeants qui ne l’auraient pas compris, d’assimiler qu’en septembre, tout aura changé :

  • Les canaux commerciaux ne sont plus les mêmes, plus 50% pour le chiffre d’affaires du e-commerce. Contraction de 15% pour le reste.
  • Les consommations ne seront plus les mêmes. Soit par orientation, soit par obligation, la frivolité n’est plus de mise. L’économie européenne du luxe est en train de s’en apercevoir depuis les dernières semaines. Mais on n’en parle pas encore beaucoup.
  • Le taux de chômage devrait bondir au-delà de 13%, voire bien plus, et atteindre un record historique depuis… toujours.
  • Le rapport à l’immobilier – particulier ou professionnel est totalement bouleversé sous l’impulsion du télétravail. L’économie de la rente va souffrir. Et ce n’est pas moi entrepreneur qui vais en souffir. Le monde de l’immobilier des centres villes me révolte. Il est constamment protégé par les autorités financières et politiques depuis plus de 20 ans, au détriment de la création de richesses entrepreneuriales nouvelles et du logement des actifs. C’est ainsi que le centre de Paris ou Manhattan se sont transformés en réserves immobilières AirBnB.
  • La demande d’énergie, toujours sous l’impulsion du télétravail est durablement ébranlée. On ne pouvait pas prendre de mesure plus simple et plus efficace pour réduire le CO2. J’y vois carrément un coup de l’adaptation darwinienne. Sans passer par la case disruption Tesla de l’espèce automobile.

Quand simultanément tout change, les canaux, les flux et les consommations, on peut parier que l’association Schumpeter-Darwin va démontrer son implacable logique.

Tous ceux qui ne vont pas créer (le mot est adapté – il est fort Joseph), quelque chose de nouveau, ou innover brutalement, maintenant, tout de suite, prennent le risque de disparaître.

Et au sens Darwinien, nous allons assister à une grande extinction d’entreprises, et au rinçage des classes moyennes, cadres compris. Les rentiers vont souffrir. Même ceux de l’immobilier. Ce qui n’est pas arrivé depuis très longtemps.

Dans ce contexte, les idées de disruption ne sont plus adaptées du point de vue de l’observateur et insuffisantes pour que l’entrepreneur puisse s’imposer. La disruption intègre une composante de durée dans le processus de croissance, une progression, impliquant une cohabitation durable entre le disrupté et le disrupteur.

Mais en ce moment, un tel timing est inconcevable.

Le disrupteur doit accélérer son rythme car la crise offre une opportunité imprévue au disrupté de revenir dans la partie.

A moins qu’un troisième n’arrive de l’extérieur et ne rafle la mise.

Il n’y a pas d’autre choix que de jouer sa partition le plus vite possible, quitte à en changer.

Il faut détruire la génération économique précédente et accomplir la prédiction de Schumpeter. A la fin ce sont les entrepreneurs les plus audacieux qui gagnent au détriment de ceux qui n’avaient pas réalisé qu’ils étaient malgré eux devenus des rentiers.
 

La leçon du passé donnée à l’avenir : la disruption c’est un truc d’herbivores !

Schumpeter a eu raison pour la crise de 1929, pour l’après-guerre, pour celle de 2001. Sa théorie s’est peut-être légèrement moins appliquée en 2008, quoique, tant les politiques financières et économiques ont eu pour but de protéger les rentiers. Une véritable aberration.

Mais alors que la rage de cette crise est clairement comparable à celle des années 30, que l’on assiste à tellement de switchs économiques, il est difficile de penser que les prédictions du vieux sage autrichien ne vont pas s’appliquer.

La disruption est morte ! Vive la destruction ! Vive l’extinction ! Vive nous les entrepreneurs !

 
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