On va faire court 2, l’échelle Technology Readiness Levels

Sebastien LOUCHART

Ingénieur et consultant scientifique – expert en Data Management

L’échelle TRL est un modèle de maturité technologique conçu par la NASA dans les années 70 et remis au goût du jour par la DARPA, le Département de la Défense des USA (le si bien nommé Pentagone), l’Agence Spatiale Européenne et la Commission Européenne, chacun bien dans leur coin. Comme ces différentes moutures diffèrent peu, on prendra comme référence le papier de John Mankins (voir plus bas), publié par la NASA en 1995.

Il existe 9 niveaux de maturité (readiness) dans ce modèle. Le niveau 1 correspond à de la recherche fondamentale ou appliquée dont on commence à percevoir l’intérêt technologique sans pour autant qu’une invention ait émergé. Au niveau 2, on entrevoit les possibilités d’application, c’est l’invention mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres car on reste au niveau de la spéculation.

Les niveaux 3 et 4 sont les plus intéressants car ils débouchent sur une proof of concept (TRL 3) et sur un prototype expérimental (TRL 4). A ces stades, on commence à avoir quelque chose à se mettre sous la dent question CIR.

A partir du niveau 5 et jusqu’aux niveaux 6 et 7, on parle plutôt de R&D systémique (oui, j’ai réussi à la caser !). Il s’agit de démontrer la capacité de la technologie en développement à être intégrée en tant que système dans un autre système. Cette approche de la R&D n’est pas vraiment reconnue en France par le MESR mais il s’agit effectivement de R&D car des incertitudes persistent. Le niveau 7 permet de tester une installation pilote de la technologie dans un démonstrateur réaliste très proche des conditions d’usage imaginées. A ce niveau, il s’agit plus d’innovation (CII).

Les niveaux 8 et 9 s’adressent au déploiement commercial et à grande échelle. Ils ne nous concernent pas.

Quelles questions peut-on se poser sur ce modèle de maturité et quels exemples peut-on en donner ?

Est-ce qu’il est nécessaire de suivre tous les niveaux ? Non, on peut très bien déjà s’arrêter en chemin (parce que ça ne fonctionne pas tout bêtement). Ensuite, on peut aussi aborder l’échelle à partir du second tiers : la recherche de base a été faite et publiée (TRL 1 et 2) et on a perçu un potentiel usage technologique qui avait échappé aux autres. Ou alors, on récupère un prototype opérationnel (TRL 7) et on le développe commercialement (TRL 8).

Est-ce qu’on peut sauter des niveaux ? La réponse est oui mais… Le modèle TRL est un outil de gestion du risque technologique, chaque niveau possède son importance. Ce n’est pas un hasard si c’est un truc inventé par la NASA. Envoyer des bonshommes dans l’espace ou, plus souvent, des petits robots se balader sur Mars impose de bien réfléchir à ce que l’on fait et de prévoir à l’avance les bêtises qu’on pourrait faire. D’ailleurs, Samsung aurait été bien inspiré de suivre les niveaux de TRL pour les batteries du Galaxy S7 !

Quelle application dans l’IT ? Généralement aucune sauf des cas bien précis. Par exemple, vous travaillez sur des matériaux semi-conducteurs particuliers (TRL1) qui permettraient de réduire la taille et la consommation en énergie de microprocesseurs (TRL 2). Vous développez une technologie de fabrication par dépôt en phase gazeuse ou en couche mince compatible avec ces matériaux (TRL 3) et obtenez un bidule qui fonctionne sur votre paillasse (TRL 4). Pour les niveaux suivants, vous avez besoin d’un industriel et d’applications. Imaginons que le célèbre fondeur de puces allemand UVMikroelektronik décide de financer un projet pilote afin de pénétrer le marché des microcontrôleurs spatiaux et militaires. Ce nouveau partenaire va permettre de faire passer votre invention aux niveaux TRL 5 (intégration avec un chipset), TRL 6 (montage sur un banc de test embarqué dans un avion zéro-G) et TRL 7 (intégration dans un satellite expérimental).

Et pour le logiciel ? Hélas, comme il s’agit souvent de développement de services, les logiciels et les plateformes qui peuvent contenir de l’innovation de produit n’obéissent pas vraiment aux niveaux de maturité TRL car la technologie sous-jacente est déjà mature (TRL 8 et 9). Seuls les projets réellement technologiques (dont j’ai déjà parlé) peuvent bénéficier d’une analyse de maturité de type TRL.

John C. Mankins. Technology Readiness Levels, a white paper. April 6, 1995 (lien)