La digitalisation est une guerre mondiale (stratégie de Pentalog)

Frédéric LASNIER

CEO & Chairman (Founding Partner)

Après 8 mois d’implication personnelle au cœur de Cambridge, à 150m du MIT, dans l’un des tous plus gros incubateurs du monde, des conversations passionnées, 7 jours sur 7, avec des entrepreneurs d’une dizaine de pays, je tiens à formuler mes conclusions sur le mouvement de digitalisation sans précédent qui agite le monde et qui pourrait bien faire perdre la tête aux investisseurs, affoler les gouvernements et ruiner des empires industriels que l’on croyait intouchables il y a quelques années encore. Ce serait tellement rassurant de penser qu’il y a une bulle financière derrière tout ça. Mais je n’y crois pas une seconde. Essayons de deviner quelle stratégie Pentalog pourrait en tirer dans un contexte que je trouve finalement assez violent.

Petits rappels de contexte : comme Nicolas Colin et les autres associés de l’accélérateur The Family aiment à le rappeler, les barbares attaquent !

Les barbares d’aujourd’hui ce sont ces entrepreneurs, surtout américains, qui bouleversent tous les secteurs économiques et qui entendent bâtir un ordre nouveau : la e-société. Ils s’attaquent au secteur de la e-santé (les capteurs dont l’on va nous barder permettront de réduire les besoins de traitement, le volume et le nombre des services d’urgence, grâce à une meilleure anticipation des besoins des patients). L’e-éducation pourrait bien faire disparaître des universités régionales de qualité moyenne. Qu’irai-je en effet chercher un diplôme de l’université d’Amiens (ou de l’Ecole Centrale !) quand je pourrai me faire diplômer d’Harvard en ligne, qui propose un bien plus important prestige au niveau mondial ? Pourquoi continuerait-on à payer des professeurs d’anglais en France, dont l’échec est assez brocardé, quand nous avons désormais la possibilité d’avoir recours à des Malaysiens, 3 fois moins chers, disponibles en ligne, beaucoup plus motivés et dont c’est la langue maternelle ? Il y a bien longtemps que je le fais à Pentalog France (alors que je ne le fais pas à Pentalog Roumanie où les professeurs de langue sont meilleurs et moins chers). Que deviendra Total avec l’e-énergie et la e-car ? Nos cartes Visa, Mastercard, résisteront-elles à Google et à toutes les initiatives de paiement par mobile ? Que deviendront nos vieux Euros, nos vieux Dollars, nos veilles banques… face au Bitcoin ? Je ne veux pas aller plus loin tant ces scénarios quasi apocalyptiques sont déjà connus et redoutés par les plus conservateurs d’entre nous. Plutôt que de les égrener, je préfère vous dire que j’y crois à 200%, que Pentalog compte déjà des centaines d’ingénieurs dans la e-santé, la e-énergie, la e-éducation et même le e-love. Je ne parle même pas du e-Commerce dans lequel nous sommes très lourdement présents. Ce qui m’intéresse ici, c’est le processus de e-mutation et sa vitesse de déploiement pour en tirer le meilleur parti au niveau de la stratégie de Pentalog.

Le format, les règles, les normes et les codes sociaux de la plupart des entreprises géantes ne leur permettront pas de saisir les opportunités nouvelles et de très nombreuses sociétés de la plupart des pays développés vont soit disparaître, soit être démantelées, soit encore survivre sous une forme dégradée le temps d’une humiliante agonie. Pour Pentalog, c’est simple, Cap sur les Startups… et les growups!

Pour assurer cette énorme transformation, les investisseurs vont privilégier le format le plus agile, celui des startups. La culture de l’essai-erreur va monter, devenir la référence, révélant d’énormes besoins sur les technos de prototypage et de petits volumes de production (Python, Django, Ruby, Node JS…). La situation va devenir assez inconfortable pour les structures software non préparées. Les montées en charge seront de plus en plus assurées par la puissance physique du Cloud, l’optimisation devenant impossible dans un cycle innovation-obsolescence ultra court. Je me souviens encore d’un startuper américain me demandant pourquoi #WTF j’essayais de lui vendre du beau code optimisé qui prend des semaines quand ça prend 5 minutes d’acheter de la puissance sur le Cloud dont le prix baisse sans discontinuer ! Ça risque de ne pas plaire beaucoup aux développeurs back end. 🙂 Vendons du Cloud !

Bientôt 20 millions de coders !
Mais pour digitaliser des secteurs entiers, qui ne le sont pas du tout, nous allons devoir au moins doubler le nombre de coders à l’échelle du monde. Et pour cela, très rapidement, les enfants sauront lire, écrire et coder. C’est le retour des années 80 ! Mais cette fois ça ira jusqu’au bout ! Ressortez vos TO7 ! Bien entendu, cette fois, ils n’auront pas besoin d’aller à l’école pour ça. Ils trouveront tout dans le Cloud ! Nous allons ainsi voir apparaître de nombreux entrepreneurs, parfois très jeunes, et beaucoup d’autodidactes vont arriver sur le marché.

En attendant, les DSI actuelles et les SSII 1.0 ne pourront ni pourvoir le volume de besoins ni même en appréhender la nature. De toutes façons elles n’y croient pas, engluées dans leur relation pathologique et incestueuse avec les TMA des applications du CAC40. Une partie très conséquente des développeurs ne sera pas compatible non plus avec ces nouvelles méthodes de travail alors même que leur nombre devra impérativement doubler au moins pour faire face au stock de besoins de digitalisation ! Nous estimons qu’il y a entre 10 et 15M de coders dans le monde. Nous sommes parvenus à ce chiffre en plus de 50 ans. Il va falloir aller beaucoup plus vite pour amener les 10 prochains millions ! Et en attendant que les générations suivantes arrivent, ce sont bien sûr les pays émergents qui vont fournir le plus gros des forces digitalisantes ! Je pense que plus de 70% des développeurs de cette génération viendront de ces pays. Voyageons encore plus et contribuons au développement du monde !

Révolution industrielle ou guerre sans merci ?
Je pense qu’il s’agit plutôt d’une guerre à échelle planétaire. Elle n’oppose pas vraiment des pays, mais des alliances entre entreprises souvent américaines. La digitalisation, permet ainsi de mettre la main sur tous les clients des entreprises de par le monde, quels que soient les secteurs. En très peu de temps, elle a également commencé à intégrer une part conséquente des moyens de paiement. Elle met la main sur les flux logistiques grâce aux fonctions de géolocalisation, idem pour le transport de personne, la régie publicitaire, les sports de plein air… La plupart des entreprises de la vieille économie ont compris trop tard. Les marchés financiers, que l’on soupçonne en permanence de créer une bulle digitale sous-estiment au contraire, très probablement, le potentiel du stock de digitalisation à accomplir encore. Les capitaux déjà mobilisables proportionnellement à la valeur de ces entreprises peuvent leur permettre de s’offrir Peugeot, Vodafone, Orange, Mercedes Benz, Unilever, l’équivalent de milliers d’années de brevets, d’intelligence industrielle pour quelques fractions de leur capitalisation boursière. Tout ça grâce au Cloud, au Big Data et aux applis mobiles. Il ne reste dans ces conditions aux états des pays européens, pour défendre leurs stocks d’investissements vieillissants, que les armes fiscales, réglementaires et l’anti-trust. Cela explique de nombreuses réactions de panique gouvernementale, comme on a pu en voir en France (Dailymotion), ainsi qu’une aversion au secteur (écoute de la population des US par la NSA, multiplication des contrôles fiscaux sur les entreprises digitales absolument partout) ; autant de tentatives aussi déplorables que désespérées. Les actions du gouvernement turc sont très certainement en train de ruiner 30 ans de progrès constant de l’économie et de la liberté en Turquie.

Qu’il s’agisse d’une guerre ou d’une révolution compte peu pour Pentalog. Un groupe comme nous va devoir passer des alliances avec les barbares de l’Ouest, (les américains) et les rares barbares de l’Est (quelques européens isolés sur un continent trop gros pour eux, et surtout trop lent). Pas exclu également que nous intensifiions un jour ou l’autre nos efforts pour vendre en Asie. Dès cette année, Pentalog réalisera entre 10 et 20% de son chiffre d’affaires outre Atlantique tant nos premiers pas ont été réussis.

Une petite conclusion ?
Guerre ou révolution, les barbares qui l’animent auront besoin de systèmes embarqués pour les nouveaux objets connectés, de vrais Cloud (ouverts), de développement mobile comme interface universelle. Nous sommes aujourd’hui prêts, grâce à un positionnement clair, un chiffre d’affaires fait à 70% avec les entreprises les plus à la pointe du management digital de l’énergie, de l’e-éducation, des systèmes embarqués de smartphones et de tablettes. Pentalog est l’une des 5 structures de plus de 500 personnes d’Europe centrale et orientale, l’un des réservoirs de talents R&D web et software, à être capable de fournir une full stack allant du hardware au Big Data, de l’Embedded au Cloud et du Cloud au mobile. Mais plus encore, Pentalog est probablement la seule des 5 à fournir déjà des offres de services triple play, ou quadriple play à ses clients, dans un cadre de confiance qui évidemment est extrêmement fort. Maintenant, ne comptez pas sur moi ici pour vous dire comment l’on va s’y prendre. Ça c’est de la tactique, et la tactique, c’est la cuisine de l’entreprise.


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