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Externalisation IT

Le conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine pourrait avoir des répercussions durables sur la géopolitique du nearshore européen

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

L’occupation de la place Maidan, qui préfigurait déjà l’opposition armée dans l’Est de l’Ukraine avait commencé, dès le mois de décembre 2013 à modifier les intentions des donneurs d’ordres occidentaux à l’égard des fournisseurs de services IT ukrainiens. Mais l’invasion plus récente de la Crimée, puis les troubles dans l’Est de l’Ukraine, sont en train de modifier profondément la donne, car l’Ukraine, assez peu connu en France pour son IT, est un fournisseur de qualité, fortement mis à contribution par les entreprises US, mais aussi l’Allemagne et la Scandinavie. A 3 reprises dans les 3 derniers mois, j’ai répondu à des questions et des doutes de donneurs ordre un peu partout sur la planète, très effrayés de ce qui est entrain de se produire. Les 3 avaient des équipes en cours de production en Ukraine. L’un des 3 se pose même des questions d’achat d’entreprises informatiques de grande taille en Roumanie, Pologne, ou n’importe où ailleurs dans l’Est de l’Europe, pourvu que ce soit un pays membre de l’OTAN et de l’UE. Autant dire que certains se préparent à une déstabilisation durable et s’interroge pour de bon sur l’avenir du 3ème producteur régional de services informatiques middle cost après la Russie et la Pologne, et avant la Roumanie. La Russie pourrait y perdre également beaucoup Ces deux dernier pays, Roumanie et Pologne font désormais déjà face à une demande accrue et qui pourrait bien s’accélérer fortement encore. En effet même la Russie est d’ores et déjà confrontée à un risque de perte de contrats élevé et pour deux raisons : 1. la crainte des sanctions économiques : il est à craindre en effet que les sanctions aillent croissantes si nous n’assistons pas rapidement à une désescalade. Et à ce jeu commercial, c’est Moscou qui a le plus à perdre. Personne ne peut complètement écarter, en cas de conflit ouvert, un élargissement des sanctions économiques à l’embargo dans certains secteurs. La technologie pourrait bien être en haut de la liste avec l’armement et l’énergie. 2. Une très forte et durable dégradation du climat des affaires dans les partenariats Russie-Occident : en effet, même si les sanctions économiques n’atteignent pas le niveau maximal que constitue un embargo, il est vraisemblable que le doute s’insinue assez longtemps dans l’esprit des clients et partenaires de l’Ouest envers un pays qui ne respecte tout simplement pas les traités internationaux tout en faisant parti de l’OMC. Cette confusion n’est pas saine pour le business russe. L’esprit patriotique existant dans certains pays (le UK et les US) surtout va détourner beaucoup d’entreprises de l’ennemi à nouveau désigné. Aider les société ukrainiennes J’ai personnellement proposé à des sociétés ukrainiennes, qui auraient besoin d’aide, de prendre en charge temporairement les projets nouveaux ou anciens qu’elles ne pourraient pas réaliser, avec une promesse de restitution du client dans le cadre d’un contrat tripartite. J’adore la compétition mais les conditions actuelles ne sont pas acceptables. Je n’aime pas l’idée de profiter de ce genre de situation. Nous prendrons en revanche bien entendu tous les clients qui viendront d’eux-mêmes. J’ai d’ailleurs un rendez-vous de ce genre à Boston dans quelques jours. En toute sincérité, les offreurs les plus menacés sont aussi les plus gros, le cas le plus instable étant certainement celui des entreprises russes ayant des sites en Ukraine. D’un point de vue encore plus général, je ne vois pas comment décemment démarrer des projets à enjeu élevé, ni en Russie, ni en Ukraine, tant qu’une désescalade durable ne se confirme pas. A la limite, ceux qui ont le cœur bien accroché et des projets peu sensibles, peuvent essayer de profiter des opportunités de prix que les sociétés ukrainiennes de l’Ouest vont proposer. Je me souviens d’avoir perdu un gros projet de tests face à des tunisiens obligés de casser les prix en plein cœur de la révolution. Evitez quoi qu’il en soit, et à 100%, les villes de Kharkiv, Donetsk et Odessa (dans l’Ouest mais devenue ultra explosive et à quelques kilomètres de la 14ème armée russe stationnée en Transnistrie. Et la Biélorussie ? Le Président biélorusse s’est ému du comportement de la Russie, mais je n’imagine pas Poutine lui laissant le choix en cas de durcissement. En attendant, et tant qu’il ne s’y passe rien, je pense qu’il est possible d’y localiser des projet de courte durée et à faible enjeu. Les prix pratiqués, en revanche, ne baisseront pas s’il ne se passe rien. Géorgie et Moldavie ? La Moldavie est un pays où Pentalog a une unité qui représente 15% de notre capacité de production globale et nous avons arrêté un plan en cas de perturbations violentes. Ces deux pays vont à mon avis connaître un processus d’adhésion accéléré à l’OTAN. La Moldavie, avec sa population porteuse à bientôt 50% de la nationalité roumaine, va intégrer l’UE dans les 10 ans maximum et peut-être même bien avant (dans le cas d’une intégration à la Roumanie). L’Ouest de l’Ukraine, en cas de sécession brutale, rentrera également à marche forée dans l’OTAN avec la probable construction de bases américaines. Le déclenchement d’opérations dans ces zones ayant des relations désormais avancées avec l’UE et les US se traduirait par une inflation considérable des mesures de rétorsion économiques. Une collaboration mesurée est parfaitement jouable. Pas de baisse de prix à prévoir s’il ne se passe rien. Nous n’observons d’ailleurs aucune intention de retrait de la clientèle. Conclusion Pour toutes ces raisons, je crois en un scénario de baisse de la pression, la Russie faisant déjà l’expérience douloureuse de problèmes économiques survenus très rapidement. Géostratégiquement, son intérêt n’est pas à l’escalade politique et militaire mais au pourrissement avec la constitution lente d’un fédéralisme ukrainien et des risques d’incidents sporadiques. Ma recommandation est donc d’éviter autant que possible la région pendant un moment, avant d’y revenir, plutôt à l’Ouest, et pour des besoins non stratégiques.


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