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Externalisation IT

Les méthodes Agiles et Kanban favorisent la réinternalisation, l’offshore, et transforme les SSII classiques en zones de transit pour les débutants

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

 

Alors que j’ai récemment rencontré Guy Mamou Mani, sympathique et performant Président du Syntec, avec qui j’aime à jouter un peu sur Twitter, je continue de m’interroger sur la baisse continue des profits des structures de services IT les plus classiques, maintenant confirmée par des baisses du chiffre d’affaire. Ceci me surprend particulièrement alors que la pression de l’innovation digitale ne faiblit pas dans le monde. Les éditeurs de soft sont au bord de la surchauffe et les ressources humaines sont hyper sollicitées dans presque tous les pays du monde. Çà ne colle pas. Il y a un problème de fond.

Parmi d’autres facteurs, j’ai récemment réalisé la profondeur du changement dans les relations clients fournisseurs qu’implique la généralisation des méthodes agiles dans les activités de développement de logiciel ou web. Travaillant énormément avec des éditeurs et des entreprises du web, nous y étions venus naturellement, en douceur, depuis des années.

Quiconque a pratiqué ou observé ne serait-ce qu’un peu les projets agiles a remarqué ces deux ou trois choses :

l’agile place la performance de l’individu au centre de tout : difficile de cacher les B players, spécialité du cycle en V… et des généralistes de la TMA. Connaissez-vous mieux que le maquis d’une TMA en cycle en V pour cacher un incompétent ou un fainéant. C’est toujours la spec qui est mal faite, le cahier de test qui n’est pas complet, le test de recette du client qui a été mal exécuté… En Agile, pas de ça, chacun explique ce qu’il a fait et tout le monde partage. Pas de client et de fournisseur autour de la table, une seule équipe, un seul projet. Vous me voyez probablement venir sur le lien avec la tentation de réinternalisation.

– Dans un tel contexte, l’Agile permet difficilement le contrat de forfait sur les très grands projets, ce qui à terme, au fur et à mesure de la généralisation de cette méthode dans les grands comptes, réduit le nombre d’opportunités disponibles pour les SSII géantes. Attention, je n’ai pas dit que le forfait en agile est impossible, j’ai dit qu’il n’était pas accessible à tous. Nous avons à Pentalog plusieurs réussites derrière nous.

– L’acheteur du client, le commercial de SSII et leurs juristes perturbent la collaboration Agile. Faisant la part belle à la compétence technique et au teamplay, l’Agile suppose maturité et rigueur des participants au projet, dans un échange continu basé sur la responsabilité personnelle et la delivery de chacun. L’irruption de deux personnes morales, de la relation entre un vendeur, un acheteur et un juriste, c’est un peu comme l’irruption de 3 ou 4 éléphants dans un petit magasin de porcelaine. L’alignement et la mesure de performance économique ne sont pas les mêmes pour la structure projet et les interfaces commerciales. Il en résulte potentiellement une grande difficulté à se mettre d’accord. Je me souviens de l’avoir vécu personnellement une fois avec un client filiale d’un très grand groupe. Le dialogue entre la DG, la DT et les juristes a fini par faire éclater toutes les structures de direction. Le directeur technique d’abord, puis deux DG de suite ont été remerciés… pour incapacité d’alignement aux concepts Agile, qui entre nous étaient les seuls à permettre de réaliser ce projet, considérant le contexte. C’est d’ailleurs bien comme ça qu’il a été réalisé au final, avec succès, mais avec une DG qui avait compris.

Très bientôt désormais, nous tendrons vers une très grande majorité de méthodologie agile dans les projets de dev, le Kanban remplaçant lui le cycle en V dans toutes les TMA. La conséquence en sera une sélection beaucoup plus draconienne des compétences et des vraies capacités agiles, contribuant rapidement au mouvement de réinternalisation de la responsabilité chez le client, d’appel à des consultants beaucoup plus pointus d’autre part… et contre toute attente à l’offshore. Trop souvent ces dernières années, les projets d’externalisation ont échoué et la qualité de dialogue entre SSII et clients est au plus bas. En témoigne, partout dans le monde, des logiques de tarifs bas malgré un déficit de ressources humaines global, ralentissant la marche des entreprises vers la transformation digitale globale.

Quelles pourraient être les tendances de production software et digitales des prochaines années ?

Je crois à 4 mouvement de fonds, qui pourraient paraître paradoxaux tous ensemble :

– la poursuite du mouvement vers l’agilisation globale, unique méthode possible pour une transformation digitale globale des entreprises et de la société tout entière. Toutes les structures agiles seront gagnantes.

– la réinternalisation de l’IT des entreprises. Pourquoi ? Parce que précisément, la puissante nécessité de la transformation digitale est trop intime, trop organique pour l’outsourcer en totalité. Cette intimité rime aussi avec agilité. Les DSI, que l’on croyait mortes, sacrifiées sur l’autel du SAAS, vont revenir pour piloter le refondation de l’entreprise en accord avec l’aire digitale. Elles auront en main le rôle difficile d’arbitrer entre le métier, l’interconnexion avec les usages numériques de la Société (Je souligne le grand S) et la sécurité du patrimoine digital. C’est aussi elles qui auront le rôle de mettre en œuvre le contrat de production agile avec les fournisseurs. Je ne voudrais pas être le DSI de demain !

l’offshore : La compétition pour les coûts n’est pas prête de s’arrêter et la réinternalisation ne signifie absolument pas la diminution du recours à l’offshore. Au contraire, ils sont plus que jamais nombreux, les grandes banques et grands industriels du monde à venir ouvrir leurs grands centres de développement Agile offshore, en Europe de l’Est en particulier, mais aussi en périphérie de Singapour et de Tokyo, vers Manille, Hanoi, Kualalumpur et quelques autres. Ils entraînent dans leur sillage, bien souvent, des SSII attirées par l’idée de leur servir des ressources (en régie bien sur !) sur ces nouveaux terrains de jeux. Ces dernières échouent la plupart du temps à ce jeux-là car l’image sociale de leur donneur d’ordre est 1000 plus forte que la leur et ils ne peuvent pas non plus rivaliser avec la connaissance culturelle des pure players locaux. Comme en France, ils se retrouvent donc à jouer les seconds couteaux, entre pré-embauche, on the job trainings et équarrissage des plus faibles.

Comme toujours, les meilleurs outsourcers survivront : ceux qui savent anticiper les besoins de leurs clients et agiliser toute la relation. La production bien sûr, mais aussi le commerce, le juridique et la finance, dans une vision lean et un Kanban global de l’entreprise. Ceux aussi que sauront croiser l’ADN offshore et l’ADN agile en proposant à leurs clients des ODC (Offshore Delivery Center) Agile permettant de gagner plusieurs années sur le déploiement offshore et donc de réduire plus vite leurs coûts, et offrant des opportunités incontestables d’amélioration du ROI et du Time to Market. Tout cela bien sûr dans un schéma de production de logiciel sans rupture entre clients et fournisseurs, grâce à des consultants techniques fonctionnels et méthodes rompus à l’international… comme si on pouvait faire tout ça sans l’Agile et le Kanban 🙂


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