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Externalisation IT

Tunisie : une implantation nearshore de Pentalog pourrait se concrétiser bientôt

Frédéric LASNIER

CEO & Chairman (Founding Partner)

Un bon mois après notre retour de Tunisie, le travail de débriefing est déjà largement accompli, beaucoup plus simple en tous cas que celui qui a suivi notre périple entre la Silicon Valley et New York.

Entre avantage francophone indéniable, qualité de l’éducation certaine, mais aussi troubles politiques et émigration de masse, la Tunisie cumule tout à la fois les bons points et les difficultés.

Longtemps je me suis demandé pourquoi ce petit pays ne voyait pas ses plus grandes entreprises exploser à l’international, porté par une amitié indéfectible avec la France, une culture méditerranéenne et un système éducatif à faire pâlir nombre de pays européens et ses plus proches voisins également. Ce pays m’a toujours attiré mais les évènements de l’hiver dernier nous avaient encore une fois empêchés de venir chercher des réponses à nos questions.

Nos premiers rendez-vous nous ont immédiatement donné la principale réponse. Le problème n°1 de l’IT tunisienne, c’est le turn over national. Comprenez par-là que les jeunes ingénieurs tunisiens continuent de fuir le pays, ne trouvant pas dans l’économie locale les réponses à leurs attentes. Nous avons ainsi eu une conversation avec un très jeune entrepreneur, je ne le connais donc que très peu mais beaucoup le qualifient simplement d’opportuniste. Je ne porterai moi aucun jugement de valeur morale, car il serait exagérément réducteur de lui imputer, à lui seul, toute la responsabilité du problème de rétention des ingénieurs tunisiens. Chaque année, il fournit en effet 300 à 400 personnes aux SSII françaises, pour un chiffre d’affaire d’environ 1M€. Il dit n’employer que 3 personnes tant son système est bien rôdé et sa profitabilité fait frémir. 100% de son CA est réalisé en France. Officiellement, l’IT tunisienne délivre 10 000 diplômes d’ingénieurs informaticiens chaque année, mais d’après toutes les personnes que nous avons rencontrées, dont plusieurs membres d’associations patronales de type Syntec, le chiffre de ceux qui sont réellement « utilisables », ne dépasserait pas les 3 000, loin du discours officiel à la presse française. La compétition avec le Maroc autour de ce chiffre ressemble au match statistique qui opposait l’URSS aux USA dans les années 50 ! Mais on voit déjà à ce stade l’impact gigantesque de cette seule personne sur le développement du secteur IT tunisien.

Ajoutons à cela que lui n’envoie aucun débutant à ses clients français mais effectue plutôt son « prélèvement » dans la tranche séniorité allant de 3 à 10 ans. Ajoutons encore, que, pour organisé qu’il soit, il n’est pas le seul à vivre de ce déplacement de population, que beaucoup de candidats se débrouillent par eux même et que certaines SSII françaises font aussi leur marché toutes seules. Parmi les moyens employés viennent ensuite, parfois aux frontières de la légalité, les pratiques de détachement des filiales locale de SSII françaises ou d’officines spécialisées. On peut donc supposer que l’addition se monte bien au-delà des mille personnes par an. Au tarif moyen de l’offshore en France, ce déplacement de population coûte un peu plus de 30 millions d’Euros par an aux exportateurs de services IT tunisiens, tandis que le commerce migratoire ne rapporte « que » 2 à 3 millions, et que chaque personne recrutée par des SSII françaises ne génère par définition de revenu qu’une seule fois, tandis qu’elle continue à manquer durablement aux industriels des services locaux . Ainsi, ce n’est probablement pas à 30M€ qu’il faut comparer les 2 ou 3, mais à la période moyenne pendant laquelle ces personnes resteront en France. Il est tout à fait vraisemblable que la perte nette pour la Tunisie atteigne 100 à 200M€ sur plusieurs années. En revanche, les SSII françaises, à tarif moyen y gagnent environ 90 millions d’Euros de chiffre d’affaire par an soit 270 à 450 sur une durée moyenne de 3 à 5 ans . Pour un pays en développement, l’addition est très, très lourde, voire vertigineuse.

D’un point de vue opérationnel, comment absorber les nouveaux entrants dans l’économie IT locale si les confirmés et les séniors, sensés devenir des experts et des middle managers, disparaissent pour plusieurs années du système ou pour toujours ? Voilà pourquoi l’économie IT tunisienne n’est commercialement pas au niveau où l’on pourrait l’attendre. Il y a là également un gigantesque réservoir de productivité perdu.

Extrapolation ? D’autres chiffres me donnent raison. Alors que l’offshore tunisien a à peu près 10 ans, on compte, selon les dires des uns et des autres, entre 7 000 et 20 000 informaticiens actifs sur le sol national. Le chiffre de 7 000 correspondrait plutôt à la population des centres offshore, tandis que le chiffre de 27 000 intégrerait les techniciens réseaux des administrations et les employés IT locaux (27 000 personnes représentant tout de même 0,42% de la population totale du pays, c’est-à-dire une proportion deux fois inférieure seulement à la France). Quoi qu’il en soit ces données montrent qu’évidemment l’économie informatique tunisienne ne retient pas ses diplômés et que ce pays exsangue financièrement forme des ingénieurs (et des médecins) pour les pays riches ! Ils sont de plus en plus nombreux à partir aux States, en Belgique et au Canada, en plus de la France.

A la décharge de notre entrepreneur profitant de conditions de marché exceptionnelles, précisons que ce n’est pas de sa faute si les entreprises locales ne répondent pas assez aux aspirations de la population. Comme il me l’a dit « au bout de 2 ans en France, ils deviennent les clients ou les patrons des équipes des centres offshore marocains et tunisiens ». Notre homme voit d’ailleurs de plus en plus grand puisqu’il a commencé à recruter directement dans les centres offshore des SSII françaises de rang 1… au Maroc 🙂

Il y a là les bases d’une relation incestueuse dans laquelle les grandes SSII françaises et leurs clients jouent le rôle de la victime consentante. Ce sont en effet eux qui investissent sur les centres offshore nearshore, pillés par des acteurs de moindre envergure, qui sapent leurs efforts de productivité. Les clients de notre homme ne s’appellent en effet pas Atos, Cap Gemini ou Steria… Il faut les chercher en deuxième, voire en troisième ligne, chez les sous-traitants du rang 1.

Que faut-il changer pour mettre de l’ordre dans tout ça ? L’immigration choisie chère à notre président de la République ? Il paraît que c’est fait depuis quelques semaines et que les informaticiens de développement sont sortis de la liste des professions en tension. Où alors que les SSII de rang 1 et leurs clients excluent de leur sourcing des entreprises occupées à les piller par ailleurs ? Humm, pas facile. Tout ce que je sais, c’est que certains de mes excellents confrères tunisiens méritent de meilleures conditions que cela car eux investissent lourdement dans une économie software locale ruinée sans compensation par des acteurs qui n’investissent pas le moindre euros et se contentent de venir aspirer une jeunesse qui rêve de la France. C’est consternant et trop facile. Où est la limite de la morale dont on nous a souvent rebattu les oreilles dès lors qu’il était question d’offshore ou de nearshore ? Je connais bien, moi, le cas de la Roumanie où le même genre de sergents recruteurs, patentés par l’administration hospitalière française et la médecine libérale, viennent piller sans vergogne les derniers médecins et infirmières.

La patron d’un pilier IT de l’économie tunisienne m’a démontré qu’il travaillait sur le fond, c’est-à-dire l’insatisfaction des ingénieurs tunisiens, en envisageant pêle-mêle participation salariale, bonus et avantages divers pour retenir ses troupes. Jusqu’à une période récente, cette société qui compte parmi les plus respectables, souffrait d’un TO annuel que j’ai évalué entre 35 et 50%. Leur politique leur permet déjà de le réduire très fortement dès cette année. Pendant ce temps, le fleuron de l’IT tunisienne, malgré un chiffre de 200 recrutements par an, n’a pas dépassé le cap des 500 collabs depuis plusieurs années ! Comme moi vous avez déjà fait le calcul.

Finalement, la francophonie ne fait pas de la Tunisie, dans la réalité, une destination offshore facile pour les acteurs français. La taille des entreprises existantes prouve que la croissance n’y est pas aisée, malgré la disponibilité d’un excellent vivier.

De notre côté, nous pensons que nous maîtrisons des instruments de gestion de RH qui nous ont fait réduire le taux de TO sous les 10% depuis des années, dans des pays pourtant caractérisés par des rotations des personnels très élevées. Nous envisageons donc de nous implanter dans ce magnifique pays, très prometteur, afin de tirer parti des magnifiques opportunités qu’il compte. Nous entamerons, dans les jours qui viennent, des discussions avec des partenaires intéressés par les valeurs, les méthodes, et les succès commerciaux du groupe Pentalog, qui connaît chaque années des croissances organiques comprises entre 25 et 50% et dont l’effectif dépassera bientôt les 700 personnes (voir les CVs en ligne de nos collabs).

A l’issue de ce voyage, malgré les difficultés locales, nous confirmons donc que nous envisageons la création d’une unité logicielle qui pourrait revendiquer dans les 3 ans plus de 100 collaborateurs. Cette décision reste malgré tout suspendue aux conditions qui régneront à l’issue du processus électoral en cours. Un membre de notre conseil d’Administration commencera des consultations dans quelques jours.

 


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