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BlockChain : désillusion ou utopie

Sebastien LOUCHART

Ingénieur et consultant scientifique, expert en Data Management


Alors que je devrais écrire des articles sur le financement de l’innovation ou les dispositifs de crédit d’impôts, je ne peux m’empêcher de revenir sur la prétendue révolution que la blockchain et ses avatars populaires (BitCoin, Ethereum) peinent à engendrer.

Photo : Shutterstock

Des nouvelles récentes du petit monde de la finance distribuée et des crypto-devises sont à même de nous faire relativiser les choses. Tout d’abord, nous avons eu droit à l’annonce du retrait de Goldman Sachs du consortium R3Cev. Parce que c’est Goldman Sachs et parce que le patron de R3Cev a promis monts et merveilles, cette décision ne pouvait passer inaperçue.

Ensuite, le niveau d’investissement dans les acteurs du domaine est en déclin depuis le milieu de 2016 et la tendance est encore incertaine pour 2017. Ceci peut être le signe que les investisseurs ont commencé à utiliser l’organe se situant entre leurs oreilles. Ou pas. Mon opinion sur le sujet de la blockchain et de ses applications (crypto-devises, smart contracts) est qu’un écosystème viable sera forcément organisé sur deux piliers.

En premier lieu, les usages actuels perdureront. Basés sur le peer-to-peer sans confiance (transactions illégales et finance anarcho-libérale), ils nécessitent un protocole opérant à partir de proof-of-work et, par conséquence, des fermes de minage et de l’énergie.

En second lieu, l’impulsion proviendra (et provient déjà) des acteurs de la finance institutionnelle qui ont vu dans la blockchain un moyen de rationaliser leurs processus de réconciliation des paiements. Leur Graal est un protocole distribué et normalisé qui assure que chacun sache ce que l’autre lui doit.

Ne vous détrompez pas ! Les acteurs financiers dépensent des sommes importantes chaque année pour réconcilier leurs opérations de compensation. Chez Pentalog, nous avons mêmes des clients dont les activités de conseil et d’outillage logiciel sont justifiées par ce simple fait que les banques et les courtiers ne savent pas exactement ce qu’ils se doivent.

Non pas qu’ils l’ignorent mais les systèmes d’information sont tellement différents qu’ils ne se comprennent pas. Un contrat à terme négocié entre deux traders possédera, dans les systèmes d’information respectifs de leurs employeurs, deux identifiants différents et des constantes de maturité différentes ce qui fait que les termes à payer (ou à recevoir) auront des montants différents. Dans ces conditions, disposer d’un protocole unifié auquel tout le monde fait confiance parce qu’il est inviolable permettrait d’arranger tout le monde.

Il faut cependant remettre les choses dans une perspective plus large. Dans le petit monde de la finance institutionnelle, les alliances de circonstances sont légion. Si la presse en ligne se focalise sur les déboires de R3Cev et de ses consœurs start-ups qui peinent avec leurs levées de fonds, les banques centrales et les autres consortiums de banques privées continuent leur exploration des possibilités offertes par la blockchain.


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