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Externalisation IT

La France des SSII, c’est comme en Inde, mais sans les exportations

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

La France, connue pour être le paradis européen des SSII ne devrait pas forcément en être fier.

Cette situation ne traduit en effet aucune supériorité dans le domaine numérique, je dirai même loin de là. Les SSII sont un peu le cache misère de notre manque d’investissement et de stratégie numérique. Le e-commerce français, même en forte croissance, reste inférieur à pratiquement tous ses homologues de l’OCDE. Le secteur de l’édition de logiciels, où se joue la suprématie technologique, pour dynamique qu’il soit, est faible comparé à ce qu’il est en Allemagne. La France investit moins que l’Allemagne par habitant, moins que le Royaume Uni et même moins que l’Italie ! Toujours par habitant, le Japon investit plus de 2 fois plus que nous. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les américains font à peine mieux que nous en volume par tête. Mais pour quel résultat !

Que font donc alors les 500 000 à 700 000 employés des SSII françaises (puisque c’est bien là que se cache le gros des troupes d’ingénieurs informatiques français) ? Ce chiffre représente, il faut le savoir, plus de la moitié de la ressource IT totale du pays !

Dans une SSII conventionnelle, investie exclusivement sur les couches applicatives (je ne parle donc pas là d’Altran ou d’Alten, ou plus exactement je ne parle que de 50% de leur activité), l’effectif est d’abord affecté, assez majoritairement à la maintenance des applications des clients. Des centaines de milliers de personnes, parmi les 500 000 que j’ai évoquées, vivent totalement en dehors du concept d’innovation ! Je me souviens encore, il y a quelques années, d’un DSI rencontré par hasard, me demandant de dire à mon père, que des parties d’une application qu’il avait écrite en 1967, tournaient encore au début des années 2000. Je tairai évidement le nom de cette entreprise extrêmement célèbre 🙂 Fondamentalement, dans une économie tournée vers l’avenir, telle que les US ou le Japon, ces taches de maintenances, que les anglo-saxons appellent Legacy (héritage !), sont envoyées vers des destinations offshore et nearshore tandis que les ressources locales se tournent vers l’innovation. En France, Pentalog est bien placé pour le démontrer, les ressources humaines IT sont tellement engluées dans la maintenance, que les entreprises les plus innovantes, souvent petites ou moyennes, ne trouvent pas de ressources ! Toutes sont englouties par la machine ! Les conséquences sont gravissimes techniquement bien sûr, mais aussi méthodologiquement. La pratique Scrum et agile est dérisoire en France quand ces méthodes cartonnent partout dans le monde. Tout faux ! Mais tant mieux pour nos ingés à nous et pour l’offre de notre entreprise, qui réussit d’ailleurs à exporter des services informatiques !

Ce n’est pas comme ça que nous créerons des Apple français, ou même des Salesforce !

Ceux des salariés des SSII, qui ne sont pas investis sur les maintenances, appelons-les les veinards, développent de nouvelles applications dans des technologies variées allant du plus vieillot aux applications mobiles les plus désirables. Ils développent des programmes, sur mesure, pour des clients, qui passeront plus tard en maintenance. Cela signifie, à la différence des éditeurs de logiciels, que les efforts déployés ne participeront pas à une véritable économie logicielle, telle que l’est la vente de produits licenciés à grande échelle ou les clouds multi tenant. Cette population gigantesque n’est pas en recherche d’usages nouveaux, n’est pas en recherche continue de productivité par l’ergonomie des services rendus. Leurs oeuvres logicielles restent quasiment stériles (je veux dire qu’elles ne se vendent qu’une fois) et ne contribuent que peu à la R&D nationale, ne se capitalisent pas dans des marques sucitant le rêve, le désir ou l’envie. Ce n’est pas comme ça que nous créerons des Apple français, ou même des salesforce !

Les banques, les mutuelles et les assurances pour lesquelles travaillent le gros de notre secteur, pour des tas de raisons objectives (crise financière, crise du salariat, du financement des organismes sociaux publiques et privés et croissance économique plate), reposent sur des modèles économiques de plus en plus fragiles et concurrentiels requérant des tarifs de plus en plus bas. C’est là qu’il y a un vrai problème. Car finalement, qu’est-ce qui sépare une SSII indienne ou roumaine de sa consoeur française sur le plan de l’activité ? Il n’y a que la langue de travail, le business model et une culture de production plus solides chez l’indienne pour faire la différence. Pour le reste, c’est le même plat du jour : maintenance pour des banques et des assurances. Pendant ce temps-là, les clouds géants qui existent déjà aux US, les éditeurs de soft de taille mondiale de l’Allemagne, il a bien fallu les construire… et pour ça, ils ont fait appel à des ingénieurs disponibles !

La production des SSII française ressemble bien plus à celle de leurs homologues indiennes qu’aux cadors de la Silicon Valley

Voilà bien le problème qui perturbe tant les syndicats de salariés de l’IT que le Syntec… Nos SSII n’ont pas grand chose de spécifique et la part de marché de l’offshore va encore monter de 10 à 20% dans un contexte de marge déjà très faible. Leur production ressemble plus à celle de leurs homologues indiennes qu’aux cadors de la Silicon Valley. Les indiens exportent tandis que les nôtres continuent de bosser en vase clos. Qui, à l’étranger, voudrait acheter en France les prestations d’un développeur plus cher qui souvent ne parle pas anglais et dont les pratiques méthodologiques faiblissent ? Là encore, avantage à l’Asie ou l’Europe de l’Est, tant raillées pourtant dans les couloirs de Boulogne, Levallois et tant d’autres… Je ne vise PERSONNE ! J’aurai pu dire Le Mans ou Niort ! Les marchés financiers ne s’y trompent d’ailleurs pas quand ils analysent la valeur de ces boîtes et leur dépendance sectorielle.

Le péché originel, c’est le contrat de travail !

Le péché originel, dans tous ça, celui qui condamne les informaticiens français à bosser sur COBOL/CICS et de la maintenance Java, qui condamne les donneurs français à trembler de peur à l’idée de recruter des ingés, et qui condamne les SSII à ne faire que de la maintenance au lieu de devenir soit des éditeurs, soit des consultants end to end… c’est le contrat de travail. Je suis convaincu que sa réforme aurait pour effet de réduire de 30% l’intermédiation des SSII sur le marché IT français, au plus grand profit de l’investissement, de l’innovation… et des salaires. Les entreprises de conseil et de services en profiteraient rapidement dans un deuxième temps, elles aussi. Mais dire ça, c’est encore plus grave que de dire tout ce que j’ai dit avant.

Consultez également :
-le business modèle de la SSII Pentalog
-Connectez vous à notre portail des services IT pour télécharger la liste des tarifs des prestations de Pentalog.


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