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Stratégie

Comment les tensions en Ukraine peuvent-elles impacter la production mondiale de software ?

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

Cette crise “à l’ancienne”, une crise de cartes, doit pousser urgemment les managers et décisionnaires IT du monde entier à mesurer l’impact de cette situation sur leurs stratégies de production digitale. J’en partage avec vous les raisons.

Il est courant depuis des décennies de s’inquiéter de la hausse des matières premières énergétiques à chaque bruit de bottes. Désormais tout aussi mondialisé, et déjà soumis à des tensions fortes bien avant cette crise, le marché de l’ingénierie de développement, et plus largement la disponibilité des ressources humaines de R&D software pourrait lui aussi subir les conséquences de ces tensions entre la Russie et l’Ukraine.

Crise en Ukraine

Russie, Ukraine… et Biélorussie ! Trois acteurs majeurs de la R&D software mondiale.

La Russie ayant entraîné la Biélorussie dans sa roue en y positionnant des troupes et en y menant des manœuvres communes sur la frontière ukrainienne, c’est bien de trois pays, ultra spécialisés en IT, dont nous parlons ici. Pour le dire clairement, en cas d’invasion russe par une ou deux frontières, via la Biélorussie, ce sont les forces de coding d’une population cumulée de près de 200 millions d’habitants qui risquent de disparaître temporairement, sous l’effet de plusieurs scénarios possibles :

  • Mobilisation et exodes des jeunes ukrainiens patriotes,
  • Placement sous embargo de la Russie et donc de sa production software,
  • Placement sous embargo éventuel de la production de software du Bélarus,
  • Placement sous embargo des territoires conquis en Ukraine.

Au total, au pic de la crise, jusqu’à 700 000 développeurs impliqués dans des opérations de R&D software pourraient se retrouver sur la touche. Les entrepreneurs et les développeurs trouveront certainement des solutions, c’est dans l’ADN de ce métier, mais le trouble risque d’être important.

Deux perturbations annexes mais critiques pourraient être observées !

D’abord, dans ces conflits désormais hybrides, physiques et numériques, on devrait assister à une intensification de l’activité des hackers de l’Est vers les pays OTAN. La sécurité est déjà en train de devenir le sujet majeur des industries digitales ; ce conflit ne vas pas atténuer la tendance !

Ensuite, aux Etats-Unis, où des myriades de développeurs russes travaillent pour les plus grandes entreprises, le non renouvellement des autorisations de résidence et de travail va certainement créer d’immenses remous. On sait que les américains dégainent rapidement ce genre de mesures, on a pu l’observer récemment avec les travailleurs d’origine chinoise.

Au total ce sont donc plus d’un million de développeurs, parmi les plus engagés en R&D, qui pourraient se retrouver temporairement indisponibles cette année ; une année de tension déjà inégalée sur le marché des 25 millions de développeurs.

Comment les CTO, les CIO et les CEO peuvent-ils réagir ?

Là encore, il va falloir regarder les cartes pour répondre. Je recommande de regarder la carte du bouclier OTAN. Toutes les nations européennes y appartiennent, à l’exception de quelques pays neutres. Du point de vue de la spécialisation en R&D Software, de nombreux pays peuvent combler le déficit : la France, l’Allemagne, la Suède et plusieurs autres à l’Ouest, mais aussi la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et les pays baltes. Ces derniers représentant un degré de spécialisation, de coût et de niveau à peu près comparables à ceux de la Russie ou de l’Ukraine.

D’ores et déjà, Pentalog reçoit des demandes en provenance des Etats-Unis, de France ou du Royaume-Uni, soit pour reprendre des développeurs ukrainiens, soit pour remplacer des développeurs russes ou biélorusses.

Covid, Dombass et Mer de Chine : mieux prévoir les risques IT.

Face à cette triple menace sur les populations et industries du monde, nous recommandons désormais à nos clients de panacher les risques de production software sur plusieurs zones. Dans nos recommandations, dès aujourd’hui, nous intégrons des options minimales de diversification des ressources.

Par exemple, à un client qui nous demande une équipe de 10 personnes en Roumanie, nous proposons en plus deux personnes au Vietnam ou au Mexique, intégrées à l’équipe et pouvant assurer en cas de chute de la zone principale. Sur le seul sujet de la pandémie, en France en janvier de cette année, le taux d’arrêt de travail n’a jamais été aussi haut. Il est deux fois plus faible en ce moment en Roumanie et quatre fois au Vietnam. Situation qui peut s’inverser à tout moment en fonction des évolutions de la pandémie… Mieux vaut l’anticiper en continu.

Vos activités digitales sont naturellement le cœur stratégique de votre entreprise, vous ne pouvez plus les allouer sans réflexion de nature stratégique. Travailler seul est dangereux et inefficient, mal choisir ces partenaires aussi, ne pas considérer la situation internationale également.

Ce mercredi 2 février, mon conseiller stratégique, l’Amiral Loïc Finaz, ancien patron de l’Ecole de Guerre, m’aidera à vous présenter le panorama des risques de l’IT mondial, de Taïwan à l’Ukraine. Nous serons modérés par mon comparse, Cyrille de Lasteyrie pour la version française à 13h, et David Golub, depuis New-York, pour la version anglaise à 14h.


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