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Stratégie

Vers une pénurie des talents dans les métiers du numérique ?

Frédéric Lasnier
Frédéric Lasnier
Chief Executive Officer

Article repris des ECHOS (25/08/2017)

La digitalisation est une guerre mondiale, qui se joue également dans la capacité à attirer les meilleurs talents. Jusqu’ici épargnée, la France pourrait se retrouver à court de professionnels de l’informatique.

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Vers une pénurie des talents dans les métiers du numérique ?

La révolution industrielle digitale, l’explosion du nombre de startups financées, la démographie, tout concourt à l’apparition de difficultés intenses de recrutement concernant les professionnels de l’informatique. Ce phénomène bien connu aux Etats-Unis, en Allemagne ou au Royaume-Uni apparaît maintenant en France.

Dans cette situation, beaucoup d’entreprises n’auront ni les leviers économiques ni surtout les leviers culturels pour attirer cette population. Le concept d’internalisation devient intenable à mettre en oeuvre, à moins d’être au sommet de la chaîne alimentaire digitale.

Zoom sur les cas britanniques et américains, en train de se reproduire en France.

Le mouvement de «pénurisation» de la ressource développement, amorcé aux Etats-Unis et au Royaume-Uni est évident et il précède de beaucoup les promesses protectionnistes de Donald Trump ou des Brexiters, lesquelles n’ont fait qu’exacerber la tendance inflationniste de deux marchés déjà en tension extrême.

Ce phénomène s’observe maintenant en France malgré un volume enviable d’ingénieurs formés. Surtout que l’ingénieur IT ne fonctionne plus à la seule perspective salariale. Il préfère travailler en équipe dans un environnement confortable et aspire à une vraie provocation technologique.

Le quarté gagnant c’est salaire + projet agile + stock options + niveau de R&D. Ce qui se cristallise souvent dans les départements innovation des grands groupes.

Un nouveau discours de pénurie

La France a quasiment refait son retard digital. En 2016, les levées de fonds y ont bondi de 22 % par rapport à l’année dernière, à 2,7 milliards de dollars, un «record» selon une étude publiée par le cabinet de conseil financier Clipperton et la société de veille stratégique Digimind.

Des entreprises qui n’avaient pas ce type de demande ont soudain besoin de centaines d’ingénieurs. Nous sommes passés en 2 ans de 35.000 à 40.000 offres/an d’emplois dans un contexte de départs massifs en retraites et de raccourcissement des carrières techniques. En parallèle, les jeunes diplômés sont de plus en plus attirés par une première expérience à l’étranger ou par la création de leur propre startup.

Le besoin est encore plus explosif cette année. Des dizaines de milliers de diplômés font leur entrée sur le marché chaque année pour couvrir les départs en retraites, les abandons de carrière, les réorientations… et 14.000 créations de postes net. Et il faudrait encore retrancher les émigrations, la création d’entreprise et ceux qui ne rentreront jamais dans le secteur. Bref en 2017, pour la première fois, la France passera probablement en bilan négatif.

Parallèlement, l’ensemble des acteurs de l’économie a enfin compris que le digital n’était ni une variante, ni une nouvelle niche de croissance ou même un secteur. Nous n’assistons plus à la ruée vers l’or numérique, mais à un combat pour survivre. Difficile pour n’importe quelle entreprise, d’envisager l’avenir sans le cloud, les places de marchés, les réseaux sociaux, le mobile, les data…

Même les leaders du digital souffrent. La France peut-elle faire face grâce à ses filières mathématique, physique et économétrique ? Difficile quand les carrières financières proposent elles aussi de belles perspectives. Le big data et la Blockchain sont déjà la priorité du recrutement chez les marketeurs et les financiers, qui aspirent eux aussi en direct des ingénieurs.

L’offshore détient-il une réponse structurée et industrielle ?

Le meilleur exemple est celui du Royaume-Uni. Le Brexit a considérablement ralenti le flux de programmeurs d’Europe de l’Est, qui se sont mis à douter de leur possible avenir dans le pays, ajoutant de l’inflation salariale à l’inflation salariale.

Mais de l’autre côté de l’atlantique aussi avec des chiffres américains qui parlent plus et mieux que Monsieur Trump !

  • Un diplômé américain de la IT sur 3 est né à l’étranger
  • 13,8 % de la population des programmeurs du pays est titulaire d’un visa

Dès lors comment appliquer simultanément une fermeture des frontières et l’instauration d’une taxe à l’import de services ? L’inflation que provoquerait ce double mouvement sur les salaires serait très supérieure au coût de la taxe.

Certains pays émergents, «low cost» et «middle cost», forment plus d’ingénieurs qu’ils n’en ont besoin. La Pologne, l’Ukraine, la Russie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Argentine, le Vietnam, la Colombie, les Philippines et bien sûr l’Inde, spécialiste absolu de l’outsourcing, sont les recours de nos pays en demande… Moins le Brésil, la Chine ou l’Afrique du Sud, dont les besoins internes sont déjà énormes.

La digitalisation est une guerre mondiale, tous azimuts, que ce soit par les besoins de cybersécurité (il manquerait 1,5M de spécialistes dans le monde), la blockchain, la mobilité, le big data, le SAAS, et pour cela il faut des troupes à nos économies et une approche lucide et globale des questions de recrutement et d’outsourcing.

Bref, se priver du recours au nearshore et à l’offshore, quelles qu’en soient les raisons, serait un peu comme dire que l’on a décidé d’arrêter de respirer, au moment même où la course s’intensifie !

Frédéric Lasnier est CEO de Pentalog


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